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Mali: Près de 95 % des eaux de puits de Koulikoro représentent un danger pour les consommateurs

Une étude menée en 2018 par une dizaine de chercheurs maliens a mis en évidence, les taux de contamination bactériologique des eaux souterraines à usage alimentaire de la région de Koulikoro. 

Plus de la moitié des eaux de puits du cercle de Dioila est contaminée par les coliformes thermotolérants. C’est l’une des conclusion de l’étude menée par le toxicologue Tidiane Diallo du Laboratoire national de la santé avec dix autres chercheurs. 

Les coliformes thermotolérants sont des bactéries résistant à une température de 44°Celsius. «Leur présence dans l’eau est une preuve indiscutable d’une contamination par matières fécales», indique l’Organisation mondiale de la santé. S’ils se retrouvent dans les eaux brutes non traitées, cela voudrait dire qu’il y a probablement la présence de bactéries pathogènes. Et lorsqu’on les retrouve dans les eaux traitées, le mode de stérilisation de l’eau  est alors inefficace. 

Aux dires des chercheurs, «les coliformes sont responsables de plusieurs maladies gastro-intestinales.»

C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la Santé recommande que les coliformes thermotolérants ne soient pas détectables dans un volume de 100 millilitres d’eau de consommation. 

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Pourtant, près de 44% des échantillons d’eau prélevés dans les puits et forages de la région de  Koulikoro étaient non conformes. Selon Dr Tidiane Diallo, «les eaux de puits étaient plus contaminées avec 94,7% de non-conformité contre 5,3% pour les eaux de forage. Et, les eaux de forage contaminées provenaient uniquement du cercle de Dioila, précisément dans les communes de N’Golobougou et Siankoro.»

Au cours de l’étude, les chercheurs ont prélevé 172 échantillons d’eaux des forages et des puits, dans huit zones rurales. A savoir, Touba Sylla, N’Golobougou, N’Tobougou, Siankoro, Dégnekoro, Kambila, Koursalé et Tinkelé. «Le choix de ces lieux d’étude, affirme Dr Tidiane Diallo, se justifie par la forte potentialité des points d’eau traditionnels du Mali tels que les puits dans la région de Koulikoro.»

«Sur les huit communes seules les eaux de la commune de Kambila étaient conformes», déclare le chercheur en appelant les autorités compétentes à prendre des dispositions réglementaires pour le choix judicieux de l’emplacement  des puits et leurs protections contre les pollutions diverses. Et, l’équipe du Dr Diallo Tidiane recommande une sensibilisation et une éducation sur les « bonnes pratiques d’hygiène » autour des eaux afin d’éviter les maladies hydriques.

Car, selon une étude menée par l’Organisation internationale de standardisation 9308-1 portant sur la qualité de l’eau au Mali, 83% des eaux de puits utilisées dans le pays proviennent des puits traditionnels.

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Si l’eau de Kambila dans la région de Koulikoro est potable, ce n’est pas le cas dans le nord du pays qui manque d’eau potable. «Ce manque d’eau au nord du Mali, indique l’ONG Solidarité Internationale, est à l’origine de nombreux problèmes au sein de la société malienne.» Que faire, s’inquiète Boureima Tabalaba, coordinateur national de la Campagne internationale pour l’eau potable et l’assainissement.  « Le manque de responsabilité est le plus gros problème », dit-il. « Une autre raison pour laquelle je doute de l’engagement de notre gouvernement est que seulement 2,6% du budget national est réservé pour l’eau potable et l’assainissement ; beaucoup trop peu pour traiter correctement les problèmes.»

« Le plan politique national stipule également qu’il doit y avoir accès à l’eau dans chaque village de plus de quatre cents habitants. Nous savons qu’il y a plus d’un millier de villages au Mali sans eau, donc vous comprendrez que quelque chose ne va pas », poursuit Boureima Tabalaba.

Cependant, de 2018 à 2021, le nombre de personnes ayant besoin d’eau potable au Mali est passé de 7,2 à 1,8 million selon le bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Une avancée salutaire, mais insuffisante, car en absence d’action concrète, «les risques d’épidémies d’origine hydrique vont s’accroître. Les acteurs responsables de la prise en charge de la malnutrition chez les enfants verront également leurs efforts diminués étant donné que plus de la moitié des cas de malnutrition sont associés aux maladies diarrhéiques liées au manque d’hygiène, au faible niveau d’accès à l’eau potable et aux conditions d’assainissement inadéquates», justifie Mbaranga Gasarabwe, Coordinatrice de l’OCHA-Mali.

Mardochée BOLI | JSTM.ORG

Passionné par les sciences, et relations humaines, je partage avec vous les nouvelles découvertes, des situations les plus insolites aux dossiers les plus intéressants.

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