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Mali : 35% des femmes séropositives cachent leur statut à leur partenaire principal

Une enquête démarrée en 2017 à travers le projet « Gundo So », auprès de plus d’une centaine de femmes a permis aux chercheurs de mettre en évidence, la situation critique des femmes vivant avec le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) au Mali.

Depuis 2004, la prise en charge médicale des personnes vivant avec le VIH est gratuite au Mali. Cependant, au-delà de cet aspect médical, la prise en compte de la dimension psychosociale est déterminante pour l’amélioration de la qualité de vie, qui reste encore précaire.

Ce constat est plus accentué chez les femmes vivant avec le VIH où on note dans les relations de genre, leur forte dépendance économique et le faible pouvoir dans les prises de décisions tels le port du préservatif et la planification familiale.

Ces femmes sont particulièrement exposées à la stigmatisation, au divorce, à la répudiation, à la privation de leurs enfants ou encore à l’abandon.

Pour les aider à faire face à ces nombreuses difficultés et à améliorer leur qualité de vie, l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) a contribué à la mise en place du projet « Gundo-So » ou encore « Chambre de confidence ». Il s’agit d’un projet exécuté par l’Association pour la Résilience des Communautés vers l’Accès au Développement et la Santé PLUS (ARCAD Santé PLUS).

« Je n’étais pas bien émotionnellement et j’avais peur de parler de mon statut aux autres, avant le programme, j’étais anxieuse, stressée et très renfermée, j’avais aussi des insomnies », explique à JSTM, sous-couvert d’anonymat, une femme divorcée et vivant avec le VIH.

«Le programme m’a permis de reprendre goût à la vie. Malgré tout ce que j’ai subi dans ma maladie tels que le divorce, la perte de mon enfant et le poids que ça implique », témoigne une autre bénéficiaire du programme.

Au total ce sont plus de 112 femmes qui ont été prises en charge dans la première vague du projet Gundo So. Parmi elles, explique Dr Dembélé Bintou Keita, directrice d’ARCAD Santé PLUS, « 35% n’ont pas partagé leur statut sérologique avec leur partenaire principal. »

« Ce qui m’a le plus marquée, c’est qu’il y a une femme qui cachait son statut sérologique à son mari et le mari aussi lui cachait le sien. Au cours du programme, la femme a décidé de le lui faire découvrir à travers ses ordonnances et là, les choses se sont arrangées entre eux. La stabilité est revenue dans le couple », révèle une conseillère psychosociale d’ ARCAD Santé PLUS.

De l’apparition… au contrôle

Aujourd’hui le VIH/Sida est un  problème important de développement voire un fléau national. Après le diagnostic du premier cas au Mali, en 1986, la maladie n’a cessé de progresser d’après les diverses enquêtes menées ; 3% de séropositifs en 1992 dans la population générale dont 52% chez les professionnelles du sexe.

Selon le Haut conseil national de lutte contre le VIH-Sida, la prévalence de la maladie au plan national est passée à 1,1%, une baisse considérable depuis l’apparition du premier cas.

De nos jours, au Mali, 16 % des femmes et 23 % des hommes dont l’âge oscille entre 15 et 49 ans ont une connaissance complète du VIH.

Source : EDS VI-Mali

Il y a 19 ans, la riposte au Sida a pris une dimension multisectorielle. C’est dans ce cadre que des politiques et des stratégies ont été développées.

Gundo-So, est un programme adapté à la culture malienne, lancé en 2010. En effet, le programme est inspiré du projet “Pouvoir Partager / Pouvoirs Partagés”, mené au Québec en 2006 par des associations communautaires en collaboration avec l’Université du Québec à Montréal.

« Gundo-So est un coup de foudre et pour moi, c’est plus qu’un programme dans la mesure où il répond à des besoins fondamentaux des femmes vivant avec le VIH », indique Dr Dembélé Bintou Keita.

« Contrairement à ce qui se faisait avant où on accompagnait des personnes vivant avec le VIH à mourir, aujourd’hui, on les accompagne à vivre», précise -t-elle. Pour Bintou Keïta, la prise en charge des malades, doit aller au-delà du traitement médical et le programme « Gundo So » a su le faire, car il a été pour ces femmes une porte de sortie aux nombreuses difficultés.

NB: Photo à la Une est image d’illustration


Attention: La reprise de cet article, même partielle, sans l’autorisation écrite du JSTM est passible de poursuite judiciaire.


Mariama Diallo|JSTM.ORG

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