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Sorgho: une céréale à la fois «nutritive» et «écologique» selon l’ICRISAT

Jadis considéré comme une culture de déclin face à la concurrence du maïs et du riz, le sorgho constitue, selon les chercheurs de l’International Corps Research Institute for the Semi-Arid Tropics  (ICRISAT), une «option essentielle pour la satisfaction des besoins alimentaires futurs de l’Afrique». Dr Aboubacar Touré, Responsable du Programme d’amélioration du Sorgho à l’ICRISAT nous a accordé un entretien sur cette culture négligée. C’était lors de la 1ère édition du Salon des Sciences et des Techniques de Bamako (Sascitech).

«Bon pour le consommateur,  bon pour la planète, bon pour le producteur». C’est le concept  qui a permis à l’ICRISAT de développer son programme d’amélioration du sorgho. Le sorgho est une plante herbacée annuelle de la famille des Poaceae, connu sous le nom scientifique de Sorghum bicolor. Céréale africaine, par excellence, on estime, selon Dr Touré, la production ouest africaine de sorgho à 10 544 000 millions de tonnes. On recense cinq races principales de Sorgho: Bicolor, Guinea, Durra, Caudatum, Kafir. Au Mali, affirme l’expert, la race Guinea représente environ 70% du germplasme du pays, suivie par la race Durra (17%).

Dr Aboubacar Touré, chercheur à l’ICRISAT

Pourquoi le sorgho est-il bon pour le consommateur ?

Selon Dr Aboubacar Touré, plusieurs raisons font du sorgho une céréale à consommer notamment sa densité en vitamines et en minéraux nutritifs. Aussi, le sorgho est une céréale sans gluten et riche en protéines et en amidon. Le sorgho, dit-il, est un excellent substitut à la farine de blé surtout pour tous ceux qui ne peuvent pas tolérer le gluten. Car, la protéine gluten peut provoquer des troubles digestifs et autres problèmes de santé pour de nombreuses personnes dont les ballonnements, diarrhée, constipation, fatigue, maux de tête. Ainsi, la farine de sorgho sans gluten a tendance à être plus facile à digérer et tolérer.

Ce n’est pas tout. Ce qui fait du sorgho une plante à consommer à tout prix est ailleurs. Les grains de sorgho, explique-t-il, ont une teneur en glucides d’environ 65 %. Ils sont plus riches en protéines que les grains de maïs, avec un taux de près de 10 %. Mais c’est, surtout, sa teneur en phosphore qui en fait un aliment dynamisant et utile pour la constitution des cellules nerveuses et sanguines et essentiel pour le dépôt de sels calcaires dans les tissus organiques, d’où la calcification des os. D’autres études rapportées par Dr Touré, indiquent que le Sorgho «lentement digéré équilibre la glycémie» ou encore que la céréale «aide à combattre l’inflammation, le cancer et les maladies cardiaques».

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Pourquoi le sorgho est-il bon pour le producteur ?

Avec un rendement  moyen de 900 kg à l’hectare en Afrique de l’ouest, la production de sorgho était essentiellement de subsistance mais il devient de plus en plus important dans une économie de marché des pays producteurs. Aujourd’hui, la transformation des graines de sorgho en gâteaux, en biscuits, en boissons ou encore en pattes fait que la demande de sorgho sur le marché s’accroît. Une bonne nouvelle pour le producteur.

Quelques exemples de transformation du Sorgho

Pourquoi est-il bon pour la planète ?

Dans le cadre de l’adaptation au changement et à la variabilité climatique, le sorgho par rapport à d’autres cultures contribue moins au réchauffement climatique et demande moins d’eau. Selon Dr Touré, le sorgho, par sa consommation d’eau, ressemble un peu au maïs mais son système racinaire le rend résistant à la sécheresse. Le sorgho est plus économe en eau et utilise de l’ordre de 50 mm de moins que le maïs. La plante maintient sa production même lorsque les précipitations sont faibles ou erratiques. Aussi, conclut l’expert, le sorgho à cause de son photopériodisme atténue les effets de la variabilité climatique en améliorant à la fois la stabilité de la production et la qualité des grains.

@mamadou_togola

Titulaire d'un diplôme de formation en alternance de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, je suis le Red Chef du Journal Scientifique et Technique du Mali. Contactez-moi par mail: mamadou.togola@jstm.org

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