Education, Recherche et innovation

Sogoba Jacqueline Konaté, enseignante à la FAST : « Les sciences sont très mal positionnées au Mali »

Selon Sogoba Jacqueline Konaté, enseignante au Département de mathématiques et informatique à la Faculté des Sciences et techniques (FAST), les jeunes doivent embrasser la carrière scientifique pour bien positionner les sciences au Mali. Elle l’a dit lors de la Fête des Sciences qui s’est déroulée du 1er au 3 décembre 2016 à la FAST. 

Quelle est la symbolique de la Fête des sciences au Mali? 

C’est appeler les Maliens à un certain sursaut. Il y a 30 ans de cela, le Mali était bien positionné dans les sciences. Des étudiants de la sous-région se rendaient au Mali pour étudier à l’Ecole nationale d’Ingénieur (ENI), l’IPR de Katibougou. Nos grandes écoles formaient très bien. Et dans les autres pays, les étudiants maliens étaient distingués par leur maitrise des matières scientifiques. Maintenant, quand les autres viennent chez nous, ils nous dament le pion. Quand nos étudiants partent étudier ailleurs, ça ne va pas. Il faut que l’on s’interroge et se demander pourquoi le Mali en est là aujourd’hui.  C’est le moment de revenir aux bonnes pratiques.

Quel regard portez-vous sur les sciences au Mali ? 

Les sciences sont très défavorisées au Mali. Au Bac 2015, sur 119 mille candidats, il n’y avait que 15 mille dans les sciences. Et les autres sont répartis entre différentes filières (sciences sociales, humaines, lettres… ndlr). Donc, les sciences sont très mal positionnées au Mali. De plus en plus, lorsqu’on parle du niveau de développement d’un pays, on fait le lien entre le capital de scientifiques de ce pays et leurs niveaux de développement. Donc, le capital des scientifiques d’un pays détermine le niveau de développement de ce pays. Pourquoi ? Parce que c’est la science qui génère le plus de ressources. C’est dans les sciences et technologies qu’on a beaucoup plus de création d’emplois. C’est aussi normal que l’économie soit portée par les scientifiques. S’il y a peu de scientifiques dans un pays, cela pose problème.

Qu’est-ce qu’il faut pour promouvoir les sciences au Mali ? 

Il faudrait mieux présenter les sciences au niveau fondamental pour susciter l’intérêt des enfants vers des études scientifiques. Pourquoi les jeunes ne veulent pas s’orienter vers des carrières scientifiques ? C’est surtout cette question qu’il faudrait se poser. Il y a tout un travail à faire dans ce cas.

Certains jeunes, en réponse, diront que les scientifiques ne sont pas bien payés et préfèrent aller faire des études de banque, de communication, de finance parce que ces secteurs sont rentables. Les scientifiques sont mieux payés car ce sont eux qui produisent toute la technologie, créent des thérapies et tous ceux qui font bouger le monde. Et pourquoi au Mali, ces personnes sont défavorisées ? Il faut revoir cela en mettant en place des politiques incitatives pour que les gens aillent vers les carrières scientifiques.

Il faut valoriser les scientifiques de nos pays, les découvertes scientifiques se trouvant dans les instituts de recherche. Des découvertes qui sont intéressantes mais qu’on n’exploite pas. On va chercher les découvertes des autres alors que le Mali en a déjà. Certains chercheurs maliens sont invités dans d’autres pays pour présenter leurs découvertes. Beaucoup de Maliens ignorent cela.

Comment communiquez-vous les sciences au public ? 

La communication se déroule dans les centres scientifiques, de technologie et des musées de sciences de plusieurs pays mais pas dans ceux de l’Afrique subsaharienne sauf maintenant au Maghreb où il en a quelques-uns. La science est présentée dans un musée de sciences et de technologies comme un conquis de l’humanité. C’est une sorte d’universalité parce que tous les pays ont participé d’une façon ou d’une autre à la construction de la science, à l’évolution et aux progrès scientifiques. Les musées de sciences et centres scientifiques et de technologies ont pour but de communiquer la science aux gens, de sensibiliser et d’informer sur les progrès scientifiques et techniques. Ils visent aussi à susciter des vocations pour amener les jeunes à embrasser la carrière scientifique.

Quelle analyse faites-vous de la présence des jeunes filles dans les sciences ? 

Ce n’est même plus un problème fille-garçon mais plutôt un problème général au Mali. Les filles sont assez minoritaires. Le plus important serait de susciter l’intérêt de tout le monde pour les sciences. Après, on verra quel peut être le cas particulier des filles.

Sékouba Konaré, Journaliste scientifique

Laisser un commentaire