A la une, Biographie, Santé

Pr Mamadou Koumaré : Ce pharmacien qui murmure à l’oreille des plantes

Le virus de la phytothérapie (médecine fondée sur les extraits de plantes et les principes actifs naturels), le jeune Mamadou Koumaré l’a contracté auprès du patriarche de la famille à Baguinéda, où il est né en 1936.

Légèrement recourbé, sans doute, sous le poids des années, à 81 ans, le Pr Mamadou Koumaré est le doyen des pharmaciens du Mali. Malgré son âge, le « retraité actif » a de l’énergie à revendre. Ses journées, y compris les jours fériés, il les consacre, entièrement, à la recherche au siège de la Société Malienne de Phytothérapie (SMP) dont il est le président depuis 1998. Parallèlement à cette fonction, Pr Koumaré est aussi le président en exercice de la commission santé et actions sociales de l’Association malienne des anciens fonctionnaires internationaux des Nations Unies.

Les plantes….un amour de jeunesse

Maître de conférences agrégé des sciences pharmaceutiques en 1975 à Paris; Professeur de pharmacognosie; Directeur Général de l’Office Malien de Pharmacie ou encore Conseiller Régional au Bureau de l’OMS/Afrique, chargé des technologies sanitaires modernes et traditionnelles. Un poste que le Pr Koumaré quittera en 1996 après  dix ans de service et après avoir élaboré et faire adopter le programme de médecine traditionnelle du Bureau régional pour l’Afrique.

Lire aussi – Mali: 7 médicaments traditionnels améliorés recommandés par le ministère de la Santé

Sans risque de se tromper, on peut affirmer, aujourd’hui, que le Pr Mamadou Koumaré a consacré toute sa vie à la médecine traditionnelle. Bien plus qu’une activité, la guérison par les plantes est pour lui une passion contractée dès le plus jeune âge. «Après mon diplôme en pharmacie, j’ai entamé des recherches sur les plantes médicinales africaines, au centre de recherches sur les toxicités de Toulouse», indique-t-il. « C’était pour moi tout naturel, car dans ma famille le patriarche était un guérisseur. J’avais déjà une certaine connaissance des plantes», se confie-t-il.

Docteur honoris-causa Medecina Alternativa de l’Université du Sri Lanka depuis 1983; Commandeur de l’Ordre National du Mali ; Chevalier de l’Ordre National du Burkina-Faso; Officier de l’Ordre du Mérite du Niger; Chevalier de l’Ordre International des Palmes Académiques du CAMES (OIPA/CAMES);  Prix du Président du Faso pour l’innovation et la recherche sur les plantes médicinales en 2012. La renommée internationale du Pr Koumaré n’est plus à démontrer. Une renommée qui s’est fait parallèlement à celle de son regretté «ami» le Pr Laurent Aké Assi. Sa rencontre avec celui que l’on surnomme « le génie de la brousse », ou encore « le génie de la forêt ivoirienne», a eu lieu, dans les années 80. Depuis, ils ne se sont plus quittés jusqu’à la disparition, en 2014, du Pr Aké Assi.

Pr Mamadou Koumaré dans son laboratoire à la SMP

La phytothérapie…un secteur en difficulté

Au Mali, 7 médicaments traditionnels améliorés sont en vente dans les officines. Pourtant, le secteur est en proie à d’énormes difficultés. Selon le Pr Mamadou Koumaré, la première difficulté dans le domaine des médicaments traditionnels est liée au financement de la recherche. Au grand regret du président de la Société malienne de Phytothérapie, la politique nationale pour la valorisation de la médecine traditionnelle adoptée depuis une dizaine d’année n’est toujours pas d’application effective.

Lire aussi – Sirop Balembo: la Pharmacie populaire du Mali veut s’impliquer dans la production et la distribution

A cette difficulté, il faut ajouter le manque de main d’œuvre dans le secteur de la recherche sur les médicaments traditionnels. « Les étudiants en pharmacie préfèrent d’autres spécialisations. Je m’étais débrouillé à avoir 10 stagiaires, ils sont tous partis», déplore l’octogénaire qui a dû vendre sa pharmacie pour mieux se vouer à ses activités de recherche. L’autre ennemi et non le moindre de l’ami des plantes, c’est le réchauffement climatique avec son corollaire qui est la disparition de certaines espèces. Pour y remédier, en mai 2017, avec le Parc National du Mali, les tradi-thérapeutes ont initié le projet: Nature et santé: savoirs thérapeutiques du Mali. L’un des volets de ce projet est la mise à disposition des guérisseurs traditionnels d’un jardin botanique pour les cultures des espèces menacées. Encore qu’il faut des hommes pour poursuivre cette œuvre.

Mamadou TOGOLA

Laisser un commentaire