Assainissement

Ordures ménagères et maladies

Il est difficile de donner avec certitude le nombre de décès causés par le paludisme au Mali. Ce qui est sûr, dans les hôpitaux et centres de santé, deux patients sur trois consulteraient pour cette maladie. Il se trouve que c’est aussi une maladie favorisée par les ordures ménagères. D’autres maladies peuvent y être liées, notamment le choléra ou encore la fièvre jaune, sans être exhaustif. Mme Maïga Fatoumata, spécialiste en santé de l’environnement a la représentation de l’OMS au Mali.

JSTM: Quand on parle d’ordures ménagères de quoi s’agit-il exactement? 

  1. Déchets 
On appelle déchets tout résidus d’un processus de production, de transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau, produit ou plus généralement, tout bien meuble abandonné ou que son détenteur destine à l’abandon.

  2. Déchets inertes 
Ils regroupent certains résidus minéraux, les activités extractives de calcaires, des mines, les déblais et gravats, certains déchets de démolition.

  3. Déchets banals 
Ce sont les ordures ménagères (OM) ainsi que la part des déchets industriels, commerciaux, artisanaux assimilable aux ordures ménagères (emballages, textiles, bois, cartons, métaux, déchets de bureaux etc.).

  4. Déchets spéciaux 
Majoritairement industriels, ils comportent aussi les résidus d’origine domestiques (déchets dits toxiques) en quantité dispersée ou agricole (produits phytosanitaire) ou liés aux activités de soins (déchets biomédicaux). Leur manipulation et traitement doit faire  l’objet de précaution particulière.

  5. Déchets dangereux 
Ils font partis des déchets spéciaux mais du fait de leur toxicité ils sont soumis à des contrôles et des réglementations sévères.

  6. Déchets ultimes 
Il s’agit de tout déchet résultant ou non du traitement d’un déchet, qui n’est plus susceptible d’être traité dans les conditions économiques du moment notamment par extraction de la part valorisable ou par réduction de son caractère polluant ou dangereux.

JSTM: En general quelles sont les maladies liées aux ordures ménagères?

Les nuisances sanitaires causées par les déchets  sont liées entre autres à la décomposition de la matière organique sous l’action de l’air et de l’eau. De plus les déchets organiques entreposés aux environs des habitations constituent un danger à cause de la prolifération des vecteurs de maladies (rats, mouches, cafards, moustiques). Les déchets attirent certains animaux domestiques (chiens, chat). Parmi les maladies transmises par les déchets on peut citer entre autre :

¬ la dengue menace, à elle seule, plus de 2,5 milliards de personnes, dans plus de 100 pays.

¬ le paludisme entraîne plus de 600 000 décès par an dans le monde, la plupart étant des enfants de moins de cinq ans.

¬ la fièvre typhoïde, les dysenteries transmises par les mouches
¬ la fièvre jaune, l’encéphalite japonaise, l’onchocercose et plus récemment la maladie à virus Zika.

La décomposition des déchets produit des odeurs et dégage de l’hydrogène sulfureux. Les eaux de décomposition ou lixiviat (déchets des hôpitaux, déchets toxiques) peuvent par infiltration polluer les eaux souterraines.

Selon l’OMS les maladies à transmission vectorielle sont responsables de plus de 17% des maladies infectieuses, et provoquent plus d’un million de décès chaque année.

JSTM: Quelles sont les maladies dues aux ordures ménagères, les plus fréquentes au Mali? 

On ne peut pas parler de maladies dues aux ordures ménagères, car elles sont dues à des vecteurs dont la prolifération est favorisée, entre autre par l’urbanisation rapide qui  entraine des conséquences socio-économiques  importantes qui ont un impact direct sur la santé des populations.  En  2007, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il a été démontré que plus de la moitié de la population mondiale habiterait dans les villes d’ici 2030. Cette urbanisation est caractérisée entre autre par le départ  massif des bras valides,  la chute de la production agricole,  la réduction des revenus de ménages en milieu rural et en  zone urbaine par l’afflux massif d’une main d’œuvre non qualifiée, la  création d’habitats spontanés, précaires insalubres  et surpeuplés, caractérisés par des dépôts anarchiques de déchets solides, la mauvaise gestion des eaux usées entrainant la prolifération des vecteur de maladies.

En ce qui concerne le Mali, il faut se référer au système d’information sanitaire, cependant selon les Enquêtes Démographique et de Santé, le paludisme demeure la première cause de consultation. Des cas de fièvres typhoïdes sont aussi souvent rapportés.

JSTM: Quels modes de prévention l’OMS  met-elle en place pour aider à lutter contre  ces maladies?

La seule réponse efficace repose sur des mesures visant à éviter le contact entre l’humain et le vecteur. Il s’agit des mesures pour prévenir ou réduire le risque de transmission des germes véhiculés par des vecteurs.  Il s’agit de la réduction de la prolifération des vecteurs par la suppression des gites larvaires, le traitement par des insecticides là où cela est techniquement et financièrement possible, les mesures de protection  individuelle et sur le long terme des mesures d’hygiène et d’assainissement.

JSTM: Parlez-nous de quelques conduites à observer pour prévenir certaines maladies 

L’’information et la sensibilisation de la population à travers la communication pour le changement de comportement 
La mobilisation sociale pour faire participer les individus, les ménages, les différents groupes sociaux aux actions communautaires pour la promotion de l’hygiène et l’assainissement, 
L’application des textes législatifs et règlementaires pour la lutte contre l’insalubrité.

Propos recueillis par Diénéba DEME, Journaliste scientifique 

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