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Occupation des berges et utilisation abusive des pesticides: deux pratiques agricoles qui polluent les ressources en eau

De plus en plus de maraîchers s’installent dans le lit des cours d’eau notamment à Bamako. Pourtant, cette pratique agricole, tout comme l’utilisation abusive des pesticides, n’est pas sans conséquences néfastes sur les ressources en eau.

«L’agriculture irriguée en expansion depuis bientôt une décennie au Mali, ne sera pas épargnée à terme d’une hausse de la salinité et de l’alcalinité du sol», indique Mamadou  CAMARA, dans sa thèse, en 2015, sur les «Atouts et limites de la filière coton au Mali». Cette situation, alerte le doctorant, pourrait provoquer la pollution des nappes souterraines suite à l’utilisation régulière et massive d’intrants et de pesticides. Pour le chercheur, il faut former les producteurs dans le but de leur faire adopter les méthodes modernes de culture et d’utilisation des engrais et pesticides.

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Le phénomène de l’utilisation des intrants dans l’agriculture et l’occupation des servitudes des cours d’eau inquiètent les acteurs engagés dans la Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE). A la 4e session statutaire du Forum des Parties prenantes au Développement du bassin de la Volta, chaque pays membre a présenté l’état et les causes de pollution dans la portion nationale du bassin. C’était à Cotonou du 09 au 11 avril. Appelé « Sourou » au Mali, le Bassin de la Volta est pollué par l’orpaillage, l’usage des produits chimiques dans l’agriculture et la pêche. Il ressort des présentations que la qualité de l’eau est faiblement bonne dans les quatre portions du fleuve Volta depuis 2015.

Figure 1: Données chiffrées fournies par le Ghana sur la pollution des eaux dans le Volta (en anglais)

 

Le Niger aussi est pollué

Chercheur au Département de Chimie, Faculté des Sciences et Techniques de l’Université Abdou Moumouni à Niamey (NIGER), Dr Rabani ADAMOU a mené une étude sur l’ «Impact de la pollution anthropique du fleuve Niger sur la prolifération de la jacinthe d’eau». Les résultats de cette étude montrent une pollution importante des eaux du fleuve Niger. La plupart des paramètres physico-chimiques déterminés montrent que les eaux du fleuve ne respectent pas les normes en matière de qualité des eaux de surface à travers le monde. «Cette pollution est malheureusement d’origine anthropique», alarme le chercheur.

A titre d’exemple, rapporte Dr Rabani ADAMOU, des teneurs importantes d’azote ammoniacal allant de 12, 32 et 16 fois la norme (0,05mg/L) sont mesurées respectivement sur les sites de Tondibia (amont), Niamey (centre-ville) et Saga (aval). En plus des polluants à l’ammoniac, le chercheur affirme que les engrais NPK (azote (ou N) ; phosphore (ou P); potassium (ou K) issus des activités agricoles du bassin du fleuve sont pour beaucoup dans cette pollution des eaux du fleuve Niger.

Que faire?

En 2018, le Mali est devenu premier producteur du continent avec plus 700 000 tonnes de coton produites. Pour la campagne à venir l’objectif, selon les autorités, est d’atteindre 1 million de tonnes. Une ambition qui va de pair avec l’utilisation d’énormes quantités d’intrants agricoles. Le phénomène inquiète la Direction de la Compagnie Malienne de Développement du Textile (CMDT). Au cours d’une interview en début de l’année dernière, Baba Berthé, PDG de la CMDT révèle: «Nous déployons des activités industrielles, Nous utilisons de gaz, des engrais, des pesticides et des insecticides, mais nous devons faire en sorte que ces activités soient les plus proches de questions des exigences environnementales».

A Cotonou, Robert Y. Dessouassi, Directeur Exécutif de l’Autorité du Bassin du Fleuve Volta a plaidé pour l’application des quatre principes de la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE): avoir à l’esprit que l’eau est une ressource limitée et vulnérable; l’eau doit être gérée de façon participative entre les secteurs: de l’agriculture, de la pêche, de la production de l’énergie…; les femmes sont les premières utilisatrices de l’eau, elles ont donc un rôle important dans la gestion de l’eau; enfin, il ne faut jamais perdre de vue que l’eau est à la fois un bien économique et un bien social.

Mamadou TOGOLA

Titulaire d'un diplôme de formation en alternance de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, je suis passionné par les sujets scientifiques. Contactez-moi par mail: mamadou.togola@jstm.org

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