Environnement

Morila: une étude sur l’impact des activités minières sur les ressources en eau

Le Laboratoire Nationale des eaux (LNE), dans le cadre de son programme de recherche 2014, a lancé un appel à candidatures pour la réalisation de trois études dont celle intitulée « l’impact de l’exploitation minière sur la qualité des eaux de nappe et de surface à Morila ». L’étude a été menée par l’école Nationale d’ingénieurs (ENI) à travers son laboratoire de recherche en Eau et Environnement, avec un complément de financement reçu grâce au programme Mine abandonné en Afrique de l’UNESCO SIDA.

L’inauguration du laboratoire de géologie et la restitution des travaux de l’équipe de recherche ont eu lieu à la faculté des sciences et techniques de Bamako (FAST), vendredi 09 septembre 2016, sous la présidence du Recteur de l’Université des Sciences techniques et Technologiques de Bamako.

Désormais, une filière de Doctorat en Géologie est ouverte au Mali, et les cours débuteront dès la rentrée prochaine, nous a confié le Recteur de l’USTTB, Pr Adama Diaman Kéïta.

L’exploitation de la mine de Morila, localité située au sud du Mali, à 280 kilomètres de la capitale Bamako, a dėbuté en février 2001. Sa fermeture, initialement programmée pour 2014 est reportée en 2019, c’est dans ce contexte de fermeture qu’est intervenu cette étude.

Le Mali, grand pays producteur d’or produit environ 50 tonnes l’année. La production de l’or contribue à plus de 12% au PIB du pays chaque année. L’activité minière a des impacts sur l’environnement’ notamment la qualité de l’eau dans la zone, la pollution de l’air, la destruction des forêts, entres autres.

La présence des produits chimiques, tels que le cyanure, le plomb, le mercure ou encore l’arsenic constitue des risques pour la santé des populations riveraines. Selon le Dr Hamadoun Bokar, chercheur ayant contribué à l’étude sur « l’impact des activités minières sur les ressources en eau de Morila », « certains effets négatifs apparaissent à long terme, généralement longtemps après la cessation de l’activité », comme indiqué dans le document de présentation.

Dans le processus d’extraction de l’or, seuls deux produits sont utilisés parmi ceux cités plus haut. « L’arsenic est présent naturellement dans les roches où l’or est extrait. Nous n’utilisons pas ce produit, ni le mercure. Dans les procédures, nous utilisons le plomb et le cyanure », a expliqué Jean Kéïta, Directeur de l’Environnement de la Mine de Morila.

Cette étude menée en 2014 et 2015 par onze chercheurs a pour objet principal de « faire l’état des lieux de la qualité des eaux souterraines et de surface dans la mine de Morila et ses environnants après plus d’une décennie de fonctionnement ».

Les ressources en eau analysées sont essentiellement les forages et les puits.

La zone de l’étude porte sur plus 40.000 km2 comprenant une zone de la Côte d’ivoire et de la Guinée. Les analyses ont été effectuées à Vancouver, au Canada.

La problématique de l’impact sur la qualité des ressources en eau réside à deux niveaux, à savoir le phénomène du drainage minier acide et l’utilisation de produits chimiques pour l’extraction de l’or.

Après l’analyse de l’eau, du sol et des plantes, une forte présence d’arsenic, de fer et de manganèse a été révélée dans les eaux, souvent à des taux supérieurs aux normes de l’OMS, en ce qui concerne l’arsenic. Une étude comparative dans une zone, ayant les mêmes caractéristiques du sol que Morila, située à une vingtaine de kilomètres, et exempt de toute activité minière a été menée également, afin de prouver que les pollutions détectées relèvent bien de l’activité minière.

Une étude sanitaire a aussi eu lieu, les résultats à ce stade ne permettent pas d’affirmer avec certitude que certaines pathologies émaneraient de l’activité minière. Pour ce faire, une étude plus approfondie sur la recherche des métaux lourds dans les milieux biologiques d’anciens travailleurs de la mine comparé à une population neutre sera nécessaire.

L’une des recommandations retenues a été d’installer des piézomètres dans les jardins maraîchers à l’est de la mine afin de suivre l’état de la qualité des eaux dans les ruisseaux.

Diénéba Dème, journaliste scientifique

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