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Les manipulations dangereuses de la monnaie dans l’histoire : les populations de la Zone franc menacées de destruction selon N. Copernic et J.M. Keynes citant Lénine

Contexte et justification

L’histoire économique est riche d’évènements que les économistes ou autres spécialistes ont certainement décrits avec art, mais sans jamais avoir pu les capitaliser, l’économie étant restée une compilation empirique de données et d’observations disparates que l’analyse n’aura pas pu traiter pour en faire des informations stables et organisées.

Ainsi, le même phénomène, désigné par plusieurs dénominations, auprès de plusieurs observateurs ou narrateurs, aura été présenté comme désignant plusieurs données, alors que l’analyse aurait pu montrer qu’il s’agit de la même information.

Il s’agit là de grosses insuffisances que l’Economie scientifique a corrigées en mettant en place une méthode conforme à l’analyse scientifique, car fondée sur l’observation et l’analyse dans une dynamique entretenue entre l’expérimentation après la réflexion puis l’analyse après l’observation.

Nous allons ainsi montrer que les expressions de dépréciation de la monnaie, de dévaluation du FCFA ou de corruption de la monnaie sont des expressions apparues dans la littérature économique pour désigner des situations historiques identiques constatées à des époques plus ou moins lointaines mais traduisant la même réalité économique.

Cependant, pour le savoir, il est important de comprendre les concepts fondamentaux qui sont les soubassements de la discipline de l’Economie scientifique à la différence d’avec l’économie racontée par les historiens et autres économistes empiristes recrutés dans tous les domaines des sciences sociales, auprès desquels l’économiste recueille des vérités propres dans son domaine de spécialité.

Nous avons vu que le concept empirique de la monnaie n’est pas opérationnel, puisque la monnaie joue un rôle d’instrument de mesure que l’économiste ignore à ce jour s’il ne se conforme pas à l’Economie scientifique.

Munis de concepts de valeur, d’étalon, de numéraire et de prix nous allons passer en revue les différents avis qui ont pu être exprimés au sujet de la dépréciation de la monnaie du moyen-âge à nos jours. Ainsi, nous saurons faire la différence conceptuelle entre la Livre Tournois, la première monnaie du Roi, et sa seconde monnaie, l’écu, comme il en sera de même pour le FCFA et le FF aujourd’hui remplacé par l’euro aujourd’hui depuis bientôt vingt ans.

Observations et analyses des cas de dépréciations monétaires à travers l’histoire des pays

  • Observation 1 : Dépréciation de l’écu au moyen-âge français

Au moyen-âge français, nous avons vu que le Roi français disposait de deux monnaies, la Livre Tournois, une monnaie fictive, immatérielle définie comme une quantité de métaux précieux et l’écu, défini comme une quantité de Livre Tournois.

Nous avons vu que le Roi utilisait cette deuxième monnaie pour gagner de l’argent en la manipulant à la baisse, c’est-à-dire en la dépréciant. Il lui suffisait pour ce faire de retirer les écus de la circulation et de les refrapper en conformité avec leur nouvelle définition, empochant ainsi  la différence de poids. Le Roi gagnait certes de l’argent, mais il s’ensuivait un bouleversement des prix et des mouvements sociaux qui étaient fortement réprimés.

Cette analyse n’est pas sans rappeler au souvenir un avis exprimé par Louis de Rouvroy, Duc de Saint Simon (1675-1755), Mémoire 1710, qui observe : «… Bientôt, après on refondit la monnaie, ce qui fit un grand profit au Roi et un extrême tort aux particuliers et au commerce… »

  • Analyse 1 : Dépréciation de l’écu et extension aux pays africains de la zone franc

Nous avons vu que la dépréciation de la monnaie a été décrite par N. Copernic (1473-1543)[1], dans les conclusions de l’étude sur les causes des décadences des Royaumes, comme constituant avec la discorde, la mortalité et la stérilité des terres les quatre fléaux qui causent la décadence des royaumes.

Selon lui, ces trois derniers fléaux sont si évidents que personne ne les ignore, mais le quatrième, concernant la dépréciation de la monnaie n’est admis que par peu de gens, par des esprits les plus ouverts, car « il ne ruine pas les Etats d’une façon violente et d’un seul coup, mais peu à peu et d’une manière presque insensible ».

Nous avons vu que FF a remplacé la Livre Tournois et l’écu en 1795 et qu’en 1945, le Franc CFA a été créé sur le modèle de l’écu en le définissant en quantité de FF. Ainsi 1 FCFA = 0,02 FF.

Depuis cette date, le FCFA est périodiquement déprécié, comme l’était l’écu, où menacé de l’être par la France appuyée par le FMI, malgré l’avis contraire des pays africains cherchant à résister en vain.

Ainsi, le FCFA est passé de 0,02 FF au moment des indépendances à 0,01 FF en 1994. A présent il reste encore en 2018 menacé de dépréciation.

A la suite de cette dépréciation de 1994 nous gardons les souvenirs des bouleversements de prix et des manifestations sociales violentes.

Cette dépréciation, consécutive au renoncement de la France de respecter son engagement de garantir le FCFA, présente des conséquences que l’économiste Prix Nobel Maurice ALLAIS[2], a brillamment décrites ainsi qu’il suit :

« Le fonctionnement d’une économie de marchés repose sur un grand nombre d’engagements sur l’avenir. L’efficacité de l’économie, comme la justice, implique que ces engagements soient respectés, et que ni les créanciers, ni les débiteurs ne soient spoliés. Il convient donc que tous les contractants soient réciproquement protégés contre les variations de pouvoir d’achat de la monnaie. »

  • Observation 2 : Corruption de la monnaie selon Lénine, rapportée par J. M. Keynes

A présent, nous allons nous intéresser à un nouveau vocable désignant cette dépréciation de la monnaie et qui apparaît dans les échanges entre deux génies, l’un en économie, puisqu’il s’agit de J. M. Keynes, et l’autre, en politique, Vladimir Illich Lénine.

Ces échanges sont rapportés par Dan Popescu, sous le titre de « l’illusion de l’inflation », dans un article identifié par le lien ci-dessous indiqué en bibliographie.

  • Observation 2.1 : confiscation de la richesse des citoyens par le pouvoir

L’économiste John Maynard Keynes, citant Vladimir Illich Lénine décrivant les effets de l’inflation, rapporte : “Lénine aurait dit que la meilleure façon de détruire le système capitaliste est de corrompre sa monnaie. Par un processus continu d’inflation, les gouvernements peuvent confisquer, d’une manière secrète et inaperçue, une importante partie de la richesse de leurs citoyens.

  • Analyse 2.1

Ici, ni Lénine ni J. M. Keynes n’ont pourtant défini ce que constitue la corruption de la monnaie. Cependant, ils en décrivent clairement les effets.

Le premier effet qui est annoncé comme constituant une confiscation secrète et inaperçue de la richesse des citoyens par la voie de la dépréciation, est exactement conforme à ce qui a été constaté en ce qui concerne la dépréciation de l’écu dans le Royaume de France, ou encore la dévaluation du FCFA dans les pays africains utilisateurs.

En effet, nous savons que c’est par cette voie que le Roi avait trouvé une troisième source de financement du Trésor Royal en plus de celle des impôts et de l’endettement. Aujourd’hui par le même mécanisme, la dévaluation du FCFA alimente le Trésor français. Cette analyse attribuée à Lénine par J.M. Keynes est totalement d’actualité en 2018.

  • Observation 2.2

Continuant son rapportage, J. M. Keynes annonce, que selon Lénine : « Pendant que l’inflation avance et que la valeur réelle de la monnaie fluctue largement de mois en mois, toutes relations permanentes entre les débiteurs et les créanciers, qui forment la fondation absolue du capitalisme, deviennent complètement désordonnées au point d’en devenir presque dépourvue de sens; et le processus d’acquisition de richesse dégénère dans un jeu du hasard ou une loterie ».

  • Analyse 2.2

Nous avons vu comment, après la mesure de dépréciation monétaire, que les créanciers sont dépossédés de la moitié de la valeur de leurs créances, alors que les débiteurs le sont également dans d’autres secteurs où ils sont créanciers.

En s’appauvrissant ainsi, créanciers et débiteurs se trouvent empêtrés dans un ralentissement total des activités dont la dynamique économique est menacée d’un arrêt définitif, les entreprises faisant faillite sous le poids d’un endettement devenu subitement insupportable.

Cette analyse, due à Lénine et rapportée par J. M. Keynes, n’offre-t-elle pas aux pays africains de la zone franc, par son caractère prémonitoire, un film précis de leur actualité économique ? En effet, comment pourraient-ils espérer gagner de l’argent dans un environnement frappé de faillites aussi instantanées qu’imprévisibles ?

  • Observation 2.3

Enfin, J.M. Keynes conclut selon ses propres convictions et annonce :

« Lénine avait raison », et poursuit-il : « Il n’y a pas de moyen plus subtil et sûr pour renverser la base existante de la société que de corrompre sa monnaie. Le processus engage toutes les forces cachées des lois économiques du côté de la destruction, et le fait d’une manière telle qu’aucun homme sur un million ne peut le prédire. »

  • Analyse 2.3

A y regarder de près, dans cette conclusion tirée par Keynes, n’y-a-t-il pas une source de méditation ou d’inspiration pour les pays africains de la zone franc et leurs experts, qui devraient se sentir plus concernés plus que les pays capitalistes par cette conversation entre Keynes et Lénine.

En effet, les deux blocs, en leur temps, ayant été enfermés, chacun dans sa tour imprenable, aucun d’eux ne saurait dicter sa loi à l’autre à travers la monnaie de celui-ci. En revanche, seul, l‘impérialisme aurait pu le faire dans leurs pays satellites, ce auquel nous assistons effectivement dans les pays africains de la zone franc, et on ne saurait mieux dire que Baron Mayer Amschel Rothschild, collection culture, lorsqu’il dit : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation, je me fiche de savoir qui fait les lois ».

Un paradoxe que nous relevons, mais qui ne l’a pas été pour J. M. Keynes est que, sur un sujet d’économie, ce brillant économiste donne raison à Lénine qui n’est pas reconnu comme économiste. Cela nous semble poser le problème de l’existence d’une méthodologie propre à cette discipline économique. En effet, sur un tout autre plan, comment pourrait-on réagir en apprenant qu’un non-initié aurait eu raison sur votre chirurgien dans le domaine d’une opération chirurgicale qui vous concerne.

  • Observation 2.4

Poursuivant son récit, J. M. Keynes, découvre ce qui lui parait être un paradoxe, sinon une contradiction. En effet, déclare-t-il : « Si vous regardez le prix de quelque chose en devise scripturale (papier, monnaie électronique) vous concluez facilement que le prix monte toujours avec seulement des petites corrections. Mais si au contraire vous regardez le prix de quelque chose dans une monnaie réelle comme l’or alors l’image change totalement. C’est ça l’illusion de l’inflation. »

  • Analyse 2.4

Dès lors que nous avons mis en place une théorie de la mesure, le phénomène qui apparaît paradoxal pour J.M. Keynes, cesse de l’être pour l’analyse.

En effet, c’est ainsi que nous avons prouvé qu’il ne peut y avoir d’inflation du fait de l’appauvrissement général des populations, ce que reconnait explicitement J.M. Keynes au point de l’observation n°1 ci-dessus. Bien au contraire, il y aura donc une baisse des prix, perceptible simplement à travers une hausse insuffisante des prix, comme l’attesterait toute mesure bien conduite par tout analyste.

Par conséquent, « l’illusion de l’inflation » dont parle J.M. Keynes n’est en réalité que l’illusion de l’économiste lui-même. En effet, celui-ci ne disposant pas d’une théorie de la mesure, se trouve alors dans l’impossibilité d’avoir la conscience claire de ce qui sert  d’instrument de mesure, ou de ce que représente la mesure ou même et de ce qui est mesuré.

Autrement, il aurait compris que les prix baissent en cohérence avec les autres baisses constatées par ailleurs et de la manière la plus simple et claire qu’il soit.

Ce qui n’est pas peu, lorsque ces insuffisances s’adressent à un économiste qui s’appelle J. M. Keynes, qu’on ne présente plus.

Certes l’auteur de la Théorie générale a écrit une magnifique chef d’œuvre d’une  inspiration mondiale. Cependant, nulle part, dans son approche globalisante, la théorie de la mesure n’a eu de place, la préoccupation de l’époque étant des plus pratiques, car cherchant à mettre au travail des hommes et des femmes disponibles pour travailler, mais sans travail devant des machines à l’arrêt.

Aujourd’hui les recettes de cette époque sont quasi non opérationnelles et d’autres dynamiques sont à découvrir.

En effet, les politiques sociales, qui ont accompagné le développement merveilleux de cette époque keynésienne dans le monde occidental en général, n’auront pas toujours été suivies d’un accroissement conséquent de la production. Il s’est ensuivi une inefficacité diffuse dans toutes les branches traditionnelles de l’économie, rendant nécessaire des délocalisations dans des pays où la main d’œuvre offrirait de meilleures opportunités ou des ajustements quantitatifs, souvent douloureux dans les pays d’origine et dont la mise en œuvre aura nécessité des négociations par branche et finalement par entreprise sans aboutir à des résultats souhaités.

En effet, en dehors de l’amélioration de quelques indicateurs financiers abstraits, les résultats auront conduit au démantèlement progressif d’un arsenal social bâti sur plusieurs décennies ou siècles, laissant un sentiment général de précarité, la source dont se nourrit dans plusieurs pays occidentaux le développement des partis d’extrême droite, en l’absence de proposition crédible de la part des partis politiques traditionnellement aux commandes.

Pour prendre en compte ces préoccupations, en replaçant l’homme au centre des préoccupations des politiques publiques, nous avons proposé dans notre ouvrage, intitulé, « L’Economie scientifique au secours de l’emploi. L’Harmattan, 2016. KEITA L., », la politique de solidarité dans la création massive de l’emploi, qui ne nécessite aucune ressource nouvelle et dont la mise en œuvre ne présente aucun coût, hormis les dépenses relatives à l’élaboration et à l’adoption d’un texte administratif et législatif dans un délai adéquat et dont l’efficacité est garantie pour l’atteinte des résultats projetés.

Conclusion

Il apparaît donc de la plus haute importance que les présentes analyses, consécutives à la mise en place de l’Economie scientifique, retiennent l’attention, au moins pour deux principales raisons.

D’abord, parce qu’avec l’Economie scientifique, il est possible d’arrêter le mécanisme de précarisation en cours dans les pays occidentaux, qui, pris de panique sont tentés de créer partout  des guerres de précaution dans les petits pays sans garantie de résultats crédibles hormis les désolations qui feront le nid des organisations non gouvernementales.

Ensuite, parce que l’Economie scientifique nous permet de comprendre qu’il est impératif d’arrêter la dévaluation du FCFA, qui n’est, comme nous venons de le voir à la suite de plusieurs analyses, qu’une œuvre de destruction silencieuse des pauvres populations de la zone franc, qu’elle menace de devenir chaque jour plus misérables, car fondée sur une tromperie initiée par les Rois, d’une certaine France à une certaine époque, qui manipulaient l’écu à la baisse juste pour nourrir dangereusement le Trésor Royal, une tromperie que la République française a abolie chez elle depuis le 18 germinal an III, soit (le 7 avril 1795), mais qui ne veut se départir dans ses anciennes colonies.

Lamine KEITA, Docteur en économie, et diplômé de l’ENSAE-CESD-Paris en 1982. Il a exercé sept ans dans cette école comme Assistant de recherche.

Bibliographie :

  1. La Théorie économique du XXI ème siècle – Le Concept de mesure en Economie», L’Harmattan, 2002. KEITA L.
  2. L’Economie scientifique au secours de l’emploi. L’Harmattan, 2016. KEITA L.,
  3. L’Economie scientifique au secours des droits humains. Déconstruction de la zone franc. Publibook, 2017. KEITA L.,
  4. Keita, « La vraie origine du Franc CFA expliquée en 10 points », JSTM BAMAKO Novembre 2017
  5. Keita, « Le Roi et ses conseils du moyen-âge français n’étaient-ils pas en avance sur les économistes modernes qui les ont suivis ? »
  6. Keita, « Les instruments de mesure en économie et leurs utilisations régulière, frauduleuse et vertueuse ».
  7. Keita, «Convertibilité externe illimitée du franc CFA : un prétexte pour geler au profit de la France des ressources importantes au détriment du développement des pays africains de la zone franc ».
  8. Keita « Quelle monnaie pour le développement des Pays Africains de la Zone Franc ? »
  9. Dan Popescu : Suivant le lien : L’illusion de l’inflation : https://popescugolddotcom.wordpress.com/2016/01/11/lillusion-de-linflation/

[1] N. Copernic « Discours sur la frappe de la monnaie » in Ecrits Notables sur la monnaie (XVIème siècle), cité par M. Bassoni et A. Bétione, « Monnaie, Théorie et Politique » Sirey, 1994, p.54, cité par Lamine Keita, 2002, p. 237.

[2] Cité par Lamine KEITA, « La Théorie économique du XXIème siècle – Le concept de mesure en économie -, L’Harmattan, 2002, p.72,  M. Allais, 1993, « Les Conditions monétaires d’une Economie de marchés. Des enseignements du passé aux réformes de demain », Revue d’Economie politique, mai-juin 1993, numéro 103 (3),

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