Agriculture

La pisciculture au Mali : un domaine en pleine exploration

Elever des poissons est une pratique nouvelle. Et pourtant certains pays comme le Bénin ont bien maitrisé le domaine. Au Mali, la pisciculture est un secteur en pleine exploration.

La pisciculture, c’est l’élevage des poissons. Les principaux alevins concernés par la pisciculture malienne sont les clarias et les tilapias. Les premiers sont de la famille clariidae et les seconds de celle des cichlidés. Ils sont élevés en six mois, informe Adama S Coulibaly, technicien en pisciculture du projet Jege ni Jaba. Dans la phase de test de ce projet au Mali, il gère plusieurs sites piscicoles à Bamako et dans certaines régions du Mali. Il est chargé de veiller à la production et au nourrissage des alevins. « Les clarias ont des alevins qui résistent. C’est tout le contraire des tilapias », précise-t-il.

Le Mali ne dispose cependant pas d’expériences riches dans cette nouvelle pratique. Et pourtant, ce domaine, pour bon nombre de personnes, est à explorer. Abdoulaye Sidibé, un promoteur de site à Kalabancoura, pratique la pisciculture depuis seulement neuf mois. « J’ai foi que ce secteur pourrait bien se développer dans l’avenir », dit-il. Il est propriétaire d’une dizaine de bacs contenant chacun au moins quatre-vingt à cent poissons.

Le nourrissage. Une étape difficile. Les alevins sont achetés tout petits, ensuite nourris par les promoteurs de sites piscicoles. Ils proviennent entre autres, selon Adama S Coulibaly, du Nigéria et des Pays-Bas. Pendant six mois, les espèces sont nourries trois fois tous les jours. « Nous leur donnons de la nourriture tous les matins à huit heures, les après-midis à treize heures et les soirs entre dix-sept et dix-heures », ajoute le technicien. Quant à l’eau dans laquelle vivent les alevins, elle est renouvelée une fois par semaine. Dans le site de Missabougou, six bacs sont superbement installés en haut d’un petit immeuble. Seulement quatre contiennent de l’eau du robinet un peu verdâtre. Chaque récipient comporte en moyenne quatre-vingt clarias. « Nous sommes en train de tester le nourrissage avec l’eau du robinet. »

Lors de la période de nourrissage, beaucoup d’aliments ne doivent pas être jetés sur l’eau. Il suffit de jeter un peu d’aliments pour connaître la réaction des alevins. S’ils ne réagissent pas, il faut cependant limiter la quantité car ils n’ont pas faim. Les alevins se nourrissent des aliments appelés copens, ranan. Des aliments locaux sont aussi fabriqués pour le nourrissage appelés « Sanbalagnô ». Ils sont faits à base du son de riz, de la farine, des poissons.

Bacs hors sol. Ils sont posés sur terre et ont une particularité. C’est possible de les déplacer et les adapter à l’espace disponible contrairement aux bassins et aux étangs. Ce système réussit plus avec les clarias car ce sont des espèces qui résistent. Pour les tilapias, il faut un système de renouvellement continu de l’eau. Dans les bacs hors sol, l’eau n’est renouvelée qu’une fois par semaine au départ. « Le renouvellement de l’eau change en fonction de la taille des alevins. Quand les poissons sont petits, ils jettent plus de matière fécale, il faut dans ce renouveler l’eau une fois toutes les semaines. Lorsqu’ils grossissent, leur matière fécale est considérable, le renouvellement peut se faire deux à trois fois par semaine », explique Adama S Coulibaly.

Il existe plusieurs types de ce matériel d’élevage d’alevins : en plastique, en bois et en bâche. Cependant, la densité varie en fonction du type de bac utilisé. Un bac en plastique de 1 mètre cube d’eau de six cents litres peut contenir cent poissons. Pour permettre la croissance des alevins, il est conseillé, selon Adama S Coulibaly, de se limiter à quatre-vingts.

Les bacs en bois. Fait à base du bois, ce matériel piscicole s’entoure de bâche pour la conservation du bois et de la qualité de l’eau utilisés. « Depuis quelques temps, nous avons remarqué que la croissance chez les alevins est rapide dans les bacs en bois par rapport aux bacs en plastique. Ces derniers perçoivent plus de lumière alors que les clarias sont des espèces solifuges. Avec la lumière, la croissance est timide. Les bacs en bois ne perçoivent pas beaucoup de lumière et du coup, la croissance est très rapide chez les clarias », détaille le technicien. En plus, c’est possible d’utiliser l’eau du puits renouvelée une fois par semaine. Donc, point besoin de faire encore de la stabulation comme c’est le cas avec l’eau du robinet. En fonction de la taille des alevins, le promoteur peut lui-même renouveler l’eau deux à trois fois toutes les semaines.

Cages flottantes au fleuve Niger

Les cages flottantes. Elles sont installés dans le fleuve et sont fabriqués à base des filets des pêcheurs. Ils sont de dimensions variantes pouvant retenir 1 500 alevins (2m2), 250 (1m2). Les caches sont très faciles de gestion avec l’eau du fleuve. Le taux de mortalité n’est pas très élevé et il n’y a pas de renouvellement. Le problème réside au niveau de la sécurité et du nourrissage. Les tilapias sont les espèces les plus gardées dans ce type d’élevage. C’est un élevage plus simple, plus productif et plus rentable au rapport aux bacs hors sol.

Commercialisation. Dans les bacs hors sol, après six mois, le cycle de nourrissage prend fin. C’est le moment de commercialiser les alevins élevés. Constat : si le poids moins des alevins varie entre 500 et 600 grammes, les résultats sont concluants. A partir de ce moment, les poissons peuvent être commercialisés. Mais, il faut d’abord chercher de la clientèle sur le marché. Selon Adama S Coulibaly, les potentiels clients sont des vendeuses de poissons mais aussi les bozos. Les promoteurs de sites organisent une pêche définitive au bout des six mois en présence des clients et vendent directement les alevins élevés. Lors de la pêche définitive, les poissons pesant 1kg sont gardés comme des souches génitrices. Il ne faut pas les vendre. Raison : ils peuvent produire encore beaucoup d’alevins.

La pisciculture est bien faisable au Mali d’où l’attachement aujourd’hui de plusieurs promoteurs et l’existence de plusieurs sites piscicoles. Des pays comme le Bénin ont bien réussi à développer ce type d’élevage de poissons. Et pourquoi pas le Mali ? Voilà pourquoi les Maliens s’attachent à cette pratique.

Sékouba Konaré, Journaliste scientifique

2 Comments

  1. Toutes mes félicitations pour l’effort que tu fourni dans le domaine de la pisciculture au Mali. Je te propose de te rapprocher de nous au projet jege ni jaba(93081210) pour obtenir les informations fiables et des documents que tu pourras utiliser. Merci

  2. bonjour nous sommes des jeunes ivoiriens qui veulent s’orienter dans ce domaine qui est la pisciculture
    Nous souhaiterons si possible avoir toutes les informations pour nous aidez a commencer
    merci
    Boris

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