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La Charte du Mandé: l’histoire de l’un des plus vieux textes de droit au Monde

La Charte du Mandé, Manden ou la charte de Kurukan Fuga est inscrite par l’Unesco, depuis 2009, au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Au début du XIIIe siècle, à l’issue d’une grande victoire militaire, le fondateur de l’Empire mandingue et l’assemblée de ses « hommes de tête » ont proclamé à Kouroukan Fouga la « Charte du Mandén nouveau », du nom du territoire situé dans le haut bassin du fleuve Niger, entre la Guinée et le Mali actuels. La Charte, qui est l’une des plus anciennes constitutions au monde même si elle n’existait que sous forme orale, se compose d’un préambule et de sept chapitres prônant notamment la paix sociale dans la diversité, l’inviolabilité de la personne humaine, l’éducation, l’intégrité de la patrie, la sécurité alimentaire, l’abolition de l’esclavage par razzia, la liberté d’expression et d’entreprise.

Si l’Empire a disparu, les paroles de la Charte et les rites associés continuent d’être transmis oralement, de père en fils, et de manière codifiée au sein du clan des Malinkés. Pour que la tradition ne soit pas perdue, des cérémonies commémoratives annuelles de l’assemblée historique sont organisées au village de Kangaba (contigu à la vaste clairière Kouroukan Fouga, de nos jours au Mali, près de la frontière de la Guinée). Elles sont soutenues par les autorités locales et nationales du Mali, et en particulier les autorités coutumières, lesquelles y voient une source d’inspiration juridique ainsi qu’un message d’amour, de paix et de fraternité venu du fond des âges. La Charte du Mandén représente aujourd’hui encore le socle des valeurs et de l’identité des populations concernées.

La controverse….

Réunis à Kankan (Guinée) du 03 au 12 Mars 1998, d’éminents traditionnalistes guinéens, sénégalais et maliens dont le Journaliste Mory SOUMANO de l’ORTM, ont édité un projet texte de 44 articles pour la charte. Mais l’authenticité du document rédigé est contestée par des universitaires. Ceux-ci estiment qu’il s’agit d’une reconstruction contemporaine inspirée par l’idéologie afro-centriste.

A eux, l’anthropologue Éric Jolly répond que ce texte néo-traditionnel «mélange d’oralité et d’écriture, est aussi “vrai” que les autres versions ou épisodes de l’épopée de Sunjata. Pour deux raisons au moins, affirme-t-il. «Ceux qui l’ont produit et diffusé avaient l’autorité et la légitimité pour le faire; et son message ne trahit ni le sens originel de l’épisode épique correspondant, ni le point de vue actuel des élites maliennes ou guinéennes. […] Ce texte, […] est moins une chronique historique qu’un manifeste politique, un code juridique ou une Constitution ayant valeur de modèle pour le présent», affirme le chercheur.

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Mamadou TOGOLA

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