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Institut d’Economie Rurale: Un temple de 60 ans au service de l’Agriculture au Mali

Créé en 1960, au lendemain de l’indépendance du Mali, l’Institut d’Economie Rurale (IER) avait pour principale mission d’améliorer la productivité agricole par des recherches mieux adaptées aux besoins du monde rural. Après près de 60 ans d’existence, l’IER a connu des succès mais l’institution est confrontée aujourd’hui à d’énormes difficultés. JSTM vous présente ce temple de l’agriculture dont la renommée dépasse les frontières du Mali.

Contribuer à la productivité agricole par des recherches mieux adaptées aux besoins du monde rural; préserver les ressources naturelles et aider à l’accroissement de la sécurité alimentaire et du revenu des agriculteurs; assurer un développement rural durable en faisant du secteur du développement rural, le moteur de la croissance économique du pays…. Telles sont entre autres les missions assignées à l’institut par ses pères fondateurs. En 1990, l’IER entame une restructuration qui a permis d’améliorer les performances scientifiques et techniques, et de rapprocher l’institut des utilisateurs finaux de ses résultats de recherche.

Cette restructuration de l’IER a permis de couvrir l’ensemble des zones agro-écologiques du Mali en matière de structures de recherche. Ainsi, l’IER, nouvelle formule, s’est doté de six Centres régionaux de recherche agronomique (CRRA) repartis sur les sites de Sikasso, Mopti, Gao, Niono, Sotuba et Kayes. Ces centres opèrent sur le terrain à travers 09 stations et 13 sous-stations. Aussi, en plus des stations et sous-stations, les activités de recherche sont également menées chez les producteurs et au sein des organismes de développement rural.

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17 programmes de recherches pour 192 chercheurs

Le portefeuille scientifique de l’IER compte 17 programmes de recherches repartis entre cinq secteurs d’activités, à savoir: la Production végétale qui comprend les cultures pluviales et les cultures irriguées; la production animale avec ses programmes bovins, petits ruminants et volaille; la production forestière avec le programme «ressources forestières ». Aussi l’IER, œuvre dans la mise en œuvre du projet « Système de production et gestion des ressources naturelles et Economie des filières (SPGRN/ECOFIL). L’institut mène enfin des activités de recherche sur la transformation agro-alimentaire à travers le Laboratoire de Technologie Alimentaire. Ce laboratoire est complémentaire des deux autres laboratoires et une Unité de recherche que disposent l’institut. Il s’agit : du Laboratoire Sol, Eau, Plante ; du Laboratoire de Nutrition Animale et de l’Unité des Ressources Génétiques.

«Il est fondamentalement demandé à l’IER de mettre au point les technologies appropriées pour l’accroissement de la production et l’amélioration de la productivité du monde rural», indique Dr Ibrahim N’Diaye, l’ex-Directeur Scientifique de l’institut. Conscient de ce mot d’ordre, en 2017, l’IER enregistre trois variétés hybrides de maïs au Catalogue de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Il s’agit des variétés Tcheba, Filani et Farako. Quatre nouvelles variétés de riz irrigué ont été homologuées au cours de la même année à savoir: Africa 9, Africa 10, NENEKALA, Yiriwamalo.

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L’IER et les défis modernes

Depuis sa création, l’Institut d’Economie Rurale a intensifié ses actions en faveur de la mécanisation agricole dans un contexte marqué par les changements climatiques. Plusieurs projets et programmes sont mis en œuvre pour relever ces défis. Ainsi, en partenariat avec l’Université de Michigan et l’Institut Polytechnique Rural de Formation et Recherche Appliquée (IPR/IFRA), l’IER a lancé pour la période 2017 – 2021, le Projet de recherche sur la sécurité alimentaire et le renforcement des capacités. Aussi, la deuxième phase du projet «Adaptation de l’Agriculture et de l’élevage au Changement climatique » a pris fin en 2018. Ce projet, financé en partie par le Royaume du Norvège, avait pour objectif d’augmenter la compétitivité de la chaîne de production du coton dans les pays du C4 et du Togo.

Avec, 192 chercheurs en 2019 contre 250  en 2008, l’IER est confronté à un déficit de ressources humaines. Les Centres régionaux de recherche agronomique (CRRA) de Gao ne compte que 05 chercheurs, sans aucun directeur de Recherche ni de maître de Recherche. Le CRRA de Mopti ne dispose pas aussi de directeur de Recherche, seulement d’un maître de Recherche et d’un Chargé de Recherche. Les 08 autres chercheurs de ce centre sont des attachés de Recherche. En 2018, l’IER disposait d’un portefeuille de recherche de 119 projets pour un montant global de 2,9 milliards FCFA. Dans ce portefeuille, 20 projets étaient financés grâce à des conventions nationale notamment avec la CMDT (Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles), l’Office du Niger ou encore Toguna SA. 20 autres projets avaient sollicité le Fonds Compétitif pour la Recherche et l’Innovation Technologique (FCRIT). Mais le plus grand nombre de projets, soit 56, ont été financés à 1,3 milliards FCFA grâce à des conventions internationales.

Aujourd’hui, l’un des plus grands défis de l’Institut d’Economie Rurale est la vulgarisation des résultats de recherche. L’institut n’a malheureusement pas encore fait le saut au 21e siècle pour utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication dans le cadre de la vulgarisation des résultats de ses recherches. A ce jour, l’IER ne dispose pas de site internet, n’a aucune présence sur les réseaux. Pourtant de plus en plus de jeunes diplômés se reconvertissent aujourd’hui dans le secteur agricole. Aussi bien, les nouvelles méthodes culturales d’adaptation au climat et les prouesses du Laboratoire de Technologie Agroalimentaire méritent d’être connues du grand public. Cette négligence des NTIC reste un frein à l’atteinte de la mission fondamentale de l’Institut d’Economie Rurale, à savoir être le moteur du développement agricole du Mali

Mamadou TOGOLA

Titulaire d'un diplôme de formation en alternance de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, je suis passionné par les sujets scientifiques. Contactez-moi par mail: mamadou.togola@jstm.org

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