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Fistule obstétricale: une maladie qui « déshonore » les femmes à Mopti

Les femmes atteintes de Fistule obstétricale sont parfois rejetées par leurs maris. Elles vivent donc en marge de la société. Dans ces cas-là, leur prise en charge n’est pas seulement médicale, elle est aussi psycho-sociale. En partenariat avec l’hôpital Sominé Dolo, des ONG se battent, à Mopti, pour redonner à ses femmes goût à la vie.

A Mopti, à 420 km au Nord de Bamako, chaque année, des ONG s’engagent à prendre en charge les femmes atteintes de fistule obstétricale. Le coordinateur de l’ONG IAMANEH,  Gouro Daou explique: « Nous prenons en charge chaque année des victimes de cette maladie. Cette année, 25 femmes étaient dans nos locaux. Nous travaillons avec l’hôpital Sominé Dolo de Mopti pour l’opération chirurgicale. Après l’opération,  la guérison d’une fistule peut aller à trois mois et jusqu’à trois fois pour une réussite. Souvent même au-delà de ce délai et il est conseillé 12 mois à la patiente pour ne pas tomber enceinte de nouveau ».

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Selon le coordinateur, la prise en charge est, à la fois, médicale et psycho-sociale. Car la plupart des femmes atteintes par cette maladie sont rejetées par leurs maris et leurs belles familles. Ce qu’il leur faut, c’est une assistance psycho-sociale pour qu’elles ne se sentent pas écartées de la société. La prise en charge est totalement gratuite, ajoute M. Daou. Parmi les 54 victimes prises en charge cette année à Mopti, 46 femmes sont totalement guéries de la maladie, 8 fistules restent fermées mais continuent tout de même à perdre les urines et 5 cas d’échecs sont enregistrés.

 «J’étais obligée de changer toutes les 30 minutes mes dessous  pour que les gens ne sentent pas d’odeur désagréable sur moi» | Néma, victime de fistule obstétricale

D’origine ivoirienne, Néma mène, aujourd’hui, une vie heureuse à Mopti. Il y a deux mois, elle était atteinte de fistule. Après son opération, l’ONG IAMANEH l’a aidée à reprendre confiance. Très accueillante, Néma aborde le sujet sans aucun stress. « Il faut être courageuse pour faire face à cette maladie », témoigne-t-elle, avec une voix tendue. «Les sorties d’urine dépendaient de la nourriture que je consommais. Si je buvais  assez d’eau ou tout autre aliment liquide, je ne pouvais pas savoir quand  l’urine venait. J’étais obligée de changer toutes les 30 minutes mes dessous  pour que les gens ne sentent pas d’odeur désagréable sur moi». «Depuis mon opération chirurgicale, il y a deux mois de cela, je suis totalement guérie», assure Néma. «Je demande à toutes les femmes atteintes de la fistule obstétricale  d’avoir le courage en elles pour lutter contre la maladie», conseille-t-elle.

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Les facteurs de risque…

Une fistule, c’est la fuite permanente des urines et/ou des selles iris-génitales  féminines à la suite d’un travail d’accouchement prolongé et difficile. Elle conduit souvent à l’isolement social des femmes. Les facteurs de risque sont assez nombreux. Toutefois, ils existent des facteurs déclencheurs, comme l’explique Dr Bréhima Traoré, chef du service chirurgie, point focal de la fistule obstétricale de l’hôpital Sominé Dolo de Mopti.

Primo: Le mariage précoce des jeunes filles à bas âge. Secundo: l’absence de consultation prénatale et les accouchements à domicile. Tertio: le défaut de formations des professionnelles de la santé. Autrement dit, une césarienne mal conduite peut provoquer une fistule au niveau du bassin. A cela s’ajoutent les séquelles de l’excision, un facteur de risque pas évident. Car «au Burundi et au Rwanda, il y a moins de femmes excisées, mais elles sont beaucoup confrontées à cette maladie», témoigne Dr Traoré. En dehors des séquelles de l’excision,  l’éloignement des centres de santé peut être aussi un facteur de risque. Plus la femme enceinte dure avant d’attendre un centre de santé, plus elle est encline à contracter la fistule.

Hadjiratou Maïga

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