A la une, Technologie

Embouteillage à Bamako: Une appli mobile peut-elle aider à fluidifier la circulation?

Avant de construire de nouvelles infrastructures, améliorons la compréhension du comportement des automobilistes : c’est ce que propose de faire un mathématicien dans la capitale malienne.

La ville de Bamako compte trois ponts, reliant les deux rives du fleuve Djoliba. Les embouteillages quotidiens y sont si importants que depuis une décennie, le besoin d’un quatrième pont est régulièrement discuté. Toutefois, selon Dr Hamidou Tembiné, directeur du Laboratoire d’apprentissage et de théorie des jeux à l’Université de New York, aux États-Unis, l’investissement pourrait être plus efficace pour résoudre les embouteillages dans le centre-ville de Bamako si le pont est couplé avec la technologie d’apprentissage prédictif, récemment développée dans son laboratoire de recherche.

Dr Hamidou Tembiné était présent à Bamako, dans le cadre de la Semaine Africaine des Sciences (du 22 au 27 octobre 2018). Il en a profité pour faire, plusieurs fois, aux heures de pointe, le tour des ponts de Bamako, et constater la situation. « Bamako a besoin d’un pont supplémentaire », évalue Hamidou Tembiné. Un pont avec cinq voies allers, cinq voies retours, deux voies pour motos et cyclistes et une voie piétonne avec espace vert des deux côtés et au milieu du pont. Pour une solution pérenne à l’épineuse question des embouteillages, le chercheur préconise l’utilisation de ses travaux, en particulier la mise en œuvre de la théorie des jeux de type champ moyen pour réguler le trafic.

Dans son article de revue sur les applications de la théorie des jeux de type champ moyen en ingénierie, Dr. Hamidou Tembiné et ses collaborateurs expliquent que « l’idée de base de cette théorie, inspirée par la physique mathématique, la mécanique des fluides et la théorie cinétique, est que, lorsque le nombre de preneurs de décisions d’un système devient vraiment grand, sa complexité effective finit par diminuer, du fait de l’effet de masse des interactions.». Appliquée au secteur du transport, cette théorie permet de mieux anticiper le comportement des usagers de la route et de proposer des solutions meilleures tout en minimisant les risques.

Lire aussi – Le saviez-vous ? Un scientifique malien récompensé par l’US Air Force pour ses recherches

« Il existe plusieurs applications de cartographie comme Google Maps, MAPS ME… mais aucune n’est vraiment en mesure de fournir l’état du trafic routier en temps réel », poursuit-il. C’est là, qu’intervient la théorie des jeux de type champ moyen. Il s’agit d’implémenter une intelligence sur une application mobile capable de prédire les congestions. Aux États-Unis, le laboratoire dirigé par Dr Tembiné, a développé cette intelligence sur l’application Waze qui tient compte des réactions des automobilistes et qui apprend de leurs comportements.

«L’application mobile marche à Bamako»|Dr Tembiné

Si tout le monde utilise l’application sans la partie anticipation, expose le chercheur, le problème sera juste déplacé d’un point A à un autre point B. Ce phénomène est appelé le   ‘’paradoxe de l’information’’. Il n’est donc pas suffisant de connaître l’état du trafic routier, il faut aussi prédire le comportement des automobilistes et « alerter sur ce changement de comportement ». « L’outil marche à Bamako, pas aussi bien qu’à New York, mais ça marche », assure le chercheur. Car, explique Dr. Tembiné, l’application se fonde sur la traçabilité, c’est-à-dire qu’elle utilise les données de caméras et de géolocalisation pour s’enrichir. «Plus les données des caméras seront couplées à l’appli, et plus l’appli sera utilisée par les Bamakoises et Bamakois, plus elle sera précise».

Lire aussi – Africa Soft: la solution à la géolocalisation et à la consommation du carburant pour les BTP

Pour une meilleure fonctionnalité de l’application à Bamako, Dr. Tembiné veut collaborer avec les autorités, pour l’installation des caméras à l’entrée des ponts. Mieux, insiste le chercheur, il faut aussi des panneaux d’affichage à, au moins, 2 km de l’entrée du pont pour alerter sur l’état du trafic et anticiper sur le mouvement des uns et des autres. Des panneaux peu coûteux en installation et en entretien, selon Dr. Tembiné. Car, alimentés en électricité par des modules photovoltaïques.

@mamadou_togola

Titulaire d'un diplôme de formation en alternance de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, je suis le Red Chef du Journal Scientifique et Technique du Mali. Contactez-moi par mail: mamadou.togola@jstm.org

Laisser un commentaire