Technologie

Côte d’ivoire: une application pour remédier au manque de petite monnaie

En Afrique subsaharienne, le manque de pièces de monnaie et de petites coupures de billets de banque constitue souvent une entrave aux petites transactions commerciales dans les boutiques, les supermarchés ou les épiceries et provoque parfois des frictions entre vendeurs et acheteurs.

En réponse à ce problème de société, l’entrepreneur ivoirien Barthélémy Kouamé a développé une application mobile baptisée « Timonn » (diminutif de « petite monnaie »).

Opérationnel depuis janvier 2017 à Abidjan, ce porte-monnaie électronique fonctionne uniquement sur téléphone Android où l’on doit télécharger l’application à partir de Google Play Store.

“Sur le bien-être et la croissance, les effets de ce type d’outil sont immédiats, tant les échanges sont facilités”

Narcisse Komenan, enseignant-chercheur, Université Félix Houphouët-Boigny

Une fois qu’il l’installe sur son téléphone, l’utilisateur procède à l’ouverture, sans frais, d’un compte associé à son numéro de téléphone. Mais après sa création, ce compte est accessible à partir de tout autre téléphone ayant l’application.

Le compte est ensuite crédité, sans frais, dans les points de paiement Timonn, disponibles pour l’instant dans certaines grandes surfaces d’Abidjan. Il peut aussi être rechargé à partir du moyen de paiement mobile Orange Money, moyennant une commission prélevée par cet opérateur.

A partir de ce moment, l’on peut l’utiliser pour faire de petits achats chez tout commerçant qui dispose aussi d’un compte. De même, quand on effectue un achat avec de l’argent liquide, on peut se faire rembourser la monnaie via Timonn. Le montant de la transaction ne pouvant cependant pas dépasser 4 999 FCFA.

« On a créé Timonn en pensant aux difficultés que nous rencontrons dans nos courses de tous les jours, dues au manque de petite monnaie. Il s’agit de faciliter les paiements et d’améliorer la mobilité des gens en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire », explique Barthélémy Kouamé qui est par ailleurs promoteur d’Acturoute, un site d’information dédié à la facilitation de la mobilité des populations

Interrogé par SciDev.Net, quelques utilisateurs de cette application ne se montrent pas déçus de leur expérience de Timonn.

« Depuis que nous utilisons l’application, beaucoup de conflits ont cessé chez nous. Par exemple, un client peut venir avec 5 000 Francs CFA et consommer pour 1 250 francs. Si nous n’avons pas de petite monnaie, nous pouvons lui rendre une partie de sa monnaie en liquide et l’autre partie par Timonn« , témoigne Darius Kouakou, l’un des gérants du restaurant « H Bleu » à Abidjan.

Forfait

« Certains clients me demandent souvent de transférer toute leur monnaie sur leur compte, pour qu’ils puissent faire des achats avec ça prochainement chez moi ou chez d’autres vendeurs. Ça arrange vraiment les affaires », confie pour sa part Ali Konaté, tenancier d’une cabine téléphonique et d’un kiosque à journaux dans la capitale ivoirienne.

Des témoignages qui font dire à Narcisse Komenan, économiste et enseignant-chercheur à l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, que des systèmes de paiement comme Timonn viennent « résoudre les distorsions économiques ».

Car, dit-il, le manque de petites coupures « peut avoir des conséquences néfastes sur l’activité économique et le bien-être collectif ». Ajoutant que « au plan social, une telle application limite les conflits et le temps souvent perdu pour rechercher la monnaie »

« Sur le bien-être et la croissance, les effets de ce type d’outil sont immédiats, tant les échanges sont facilités. Et Il permet toujours d’augmenter les ventes d’un commerçant, même si ce mode de paiement est plus coûteux pour lui », conclut Narcisse Komenan qui fait allusion au forfait mensuel que doit payer l’utilisateur de Timonn.

En effet, les frais de compte reviennent à 200 FCFA par mois aux utilisateurs ordinaires et à 500 FCFA par mois pour les commerçants. « A part ça, toutes les transactions sur Timonn sont gratuites », martèle Barthélémy Kouamé.

Pour autant, les utilisateurs ou utilisateurs potentiels de Timonn trouvent encore à redire sur son fonctionnement.

« Comme elle marche avec internet, il arrive que certains clients veuillent bien l’utiliser ; mais se rendent compte que leur téléphone n’est pas compatible. Donc il faudrait peut-être penser à la faire marcher comme pour les applications de mobile money », suggère Darius Kouakou.

Cybercriminalité

En outre, Narcisse Komenan estime que l’emploi de Timonn, même considéré comme aisé, peut être « excessivement difficile » pour certaines catégories de population, notamment les plus âgées ou les plus faibles. « Tout ceci peut être aussi dommageable pour l’économie ».

Enfin, dans un pays où la cybercriminalité et la cyberarnaque constituent de véritables fléaux, une telle application suscite de la méfiance…

« Des clients me demandent souvent si on ne va pas en profiter pour soutirer de l’argent de leur compte Orange Money. Je les rassure chaque fois, mais beaucoup hésitent encore », rapporte Ali Konaté, le marchand de journaux.

« Nous disposons d’un système de sécurité aux normes internationales », répond Barthélémy Kouamé ; ajoutant au passage que le créneau qu’il a choisi, à savoir les petits montants, est une option qui décourage les cybercriminels.

Selon l’entrepreneur de 44 ans, Timonn compte à ce jour plus de 10 000 utilisateurs, dont une quarantaine de commerçants.

Ses collaborateurs et lui travaillent à présent pour en faire un moyen de paiement plus flexible, plus accessible et plus intégré au système bancaire en Côte d’Ivoire et à l’étranger.

 

scidev.net 

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