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Après la reconnaissance vocale, voici la reconnaissance de pensée

Il ne s’agit plus de science fiction, mais bien d’une réalité depuis qu’Arnav Kapur, un étudiant du célèbre MIT (Massachusetts Institute of Technology) a présenté le prototype de son casque AlterEgo. Ce dispositif, associé à un assistant intelligent comparable Siri, Alexa ou Google Home, offre la possibilité de commander certains équipements ou de poser des questions sans avoir à prononcer le moindre mot. En fait, le système « décode » directement les pensées.

Un jeu d’électrodes sur la mâchoire

Pour cela le casque porte une série d’électrodes au niveau de la mâchoire de l’utilisateur sur une zone qui s’étend du dessous de l’oreille au menton. Elles permettent de quantifier l’activité neurologique sur cette partie du visage et exploite un phénomène baptisé « subvocalisation ». Dans les faits, lorsque l’on pense à des mots, même sans les prononcer, comme lorsque l’on se parle à soi-même, l’activité des neurones chargés de commander les mouvements de bouche induisant la prononciation de chaque mot se trouve modifié. Un peu comme si notre cerveau « préparait » notre mâchoire à réaliser les mouvements indispensables à la prononciation des mots. Un réseau neuronal analyse alors les informations que fournit le jeu d’électrodes et en déduit des « patterns » selon un procédé proche de celui qu’exploitent les dispositifs de reconnaissance vocale. « Les signaux sont transmis à un système d’apprentissage automatique qui a été entraîné pour établir des corrélations entre des signaux et des mots particuliers », précise l’université. Ainsi le système reconnaît un certain nombre de mots avec un taux de réussite atteignant 92%. Il est ainsi possible de naviguer dans les menus déroulants proposés par un téléviseur en pensant les déplacement droite/gauche ou haut/bas d’un pointeur affiché à l’écran ou d’interagir directement avec le casque comme on le ferait avec un système Google Home, par exemple. D’autres essais concluants ont été réalisés en environnement réel, comme calculer directement le prix à régler lors de l’achat de produits dans un supermarché. Actuellement le système AlterEgo est capable de reconnaître une vingtaine de mots préenregistrés dans sa mémoire. Des performances, certes, encore bien inférieures à celles des systèmes de reconnaissance vocale. Mais nous ne sommes qu’aux balbutiements d’une telle technologie et Arnav Kapur se montre optimiste. « Nous récoltons des données et les résultats sont bons. Je pense nous réussirons a établir une conversation complète entre le casque et son porteur un jour. » déclare-t-il sur la page du projet de l’Université.

Une garantie de confidentialité

L’intérêt majeur de ce casque réside dans le fait que son utilisation est totalement silencieuse. En effet, aucune parole n’est émise lors des différentes commandes ou instructions. Outre la confidentialité qu’il offre, ce type de fonctionnement est appréciable dans une salle de cours ou une bibliothèque, par exemple. De plus pour que l’interactivité soit assurée, elle aussi, dans le silence et que le casque puisse répondre verbalement à son porteur, il est doté d’un transducteur à transmission osseuse. Il ne comporte aucun « mini hautparleur », comme les casques conventionnel, mais un petit vibreur les remplace. En appui contre la tête de l’utilisateur, il transmet les vibration sonore directement par l’intermédiaire des os du crane directement jusqu’à l’oreille interne, sans sollicitation du tympan, et donc sans émettre de bruit vers le monde extérieur.

Un substitut à la reconnaissance vocale

A court terme, il est peu probable que le casque Alter Ego s’adresse directement au public. Ses allures d’énorme kit mains libres pour téléphones sont un peu déroutantes.  En revanche ses applications dans le monde professionnel peuvent être multiples. En premier lieu, il pourrait s’utiliser en substitution à la reconnaissance vocale dans les milieux bruyants ou elle ne peut fonctionner. Sa discrétion et la confidentialité que garantit la commande par la pensée trouvent aussi sa place dans bien des domaines comme le médical ou, plus généralement, au sein de tout espace ou un certain calme doit être préservé.

sciencesetavenir.fr

Je suis journaliste depuis janvier 2012. Après cinq années au Canard Déchaîné, un hebdo d'informations générales, j'ai rejoint le Journal Scientifique et Technique du Mali. J'écris aussi pour le site maliweb.net et je suis titulaire d'un diplôme de formation en alternance de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille.

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